Le ministère camerounais de la Défense a entamé des discussions avec Sotrabus, une entreprise spécialisée dans la construction de bus interurbains, en avril 2026, afin d'évaluer la possibilité de produire localement des véhicules et équipements militaires. Cette démarche s'inscrit dans une volonté de renforcer l'autonomie stratégique du pays en matière de défense et de contribuer à l'industrialisation nationale.
Sotrabus, déjà fournisseur de plusieurs opérateurs de transport interurbain, pourrait ainsi diversifier ses activités en produisant des véhicules à usage militaire, ainsi que des équipements individuels tels que des casques et des gilets. Cette initiative s'aligne sur la Stratégie nationale de développement 2020-2030 (SND30), qui vise à soutenir la transformation structurelle de l'économie camerounaise à travers l'émergence de champions nationaux. Sotrabus figure parmi les cinq entreprises identifiées comme ayant le potentiel de jouer ce rôle.
L'implication croissante de l'armée camerounaise dans l'industrialisation du pays s'est manifestée dès 2022, avec la mise en place d'un groupe de travail chargé de réfléchir au développement des capacités militaro-industrielles. Le ministre délégué à la Présidence chargé de la Défense, Joseph Beti Assomo, avait alors souligné le rôle stratégique des forces de défense et de sécurité dans ce processus.
Cette orientation s'est concrétisée avec l'inauguration, en septembre 2025, d'un atelier central de confection des armées et de la gendarmerie à Yaoundé, capable de produire entre 700 et 1 000 tenues par jour. D'autres projets sont en gestation, tels que la construction d'une usine textile à Mengong et d'une usine de production de munitions à Garoua, en partenariat avec des investisseurs turcs.
Toutes ces initiatives témoignent de la volonté des autorités camerounaises de réduire la dépendance extérieure en matière d'équipements militaires et de favoriser l'essor du tissu productif national. Cette politique d'import-substitution vise à accroître les capacités de production locales afin de limiter le recours aux importations, dont le poids contribue à creuser le déficit commercial du pays, qui a dépassé 2 000 milliards de FCFA en 2024, selon l'Institut national de la statistique (INS).