Alors que les chiffres officiels présentent une dette publique maîtrisée, une analyse plus approfondie révèle des tensions croissantes sur la trésorerie de l'État camerounais. Fin mars 2026, l'encours de la dette s'élevait à 15 416 milliards de FCFA, soit 44,3 % du PIB, selon la Caisse autonome d'amortissement (CAA). Ce ratio reste inférieur au seuil communautaire de 70 % en zone CEMAC et à l'objectif national de 50 %.
Cependant, la confirmation de la note souveraine du Cameroun à « B » avec perspective négative par Fitch Ratings le 24 avril 2026 souligne des fragilités. L'agence met en évidence une croissance économique toujours solide et un profil d'échéances de dette gérable, mais alerte sur des faiblesses de liquidité, une gestion des finances publiques perfectible et l'accumulation d'arriérés.
Au-delà du ratio dette/PIB, la capacité de l'État à honorer ses engagements financiers est cruciale. Les partenariats public-privé (PPP), les soldes engagés non décaissés (SEND) et les restes à payer exercent une pression accrue sur la trésorerie publique. La CAA évalue les passifs conditionnels explicites de l'État, principalement liés aux PPP, à 4 895,1 milliards de FCFA, soit environ 14,1 % du PIB. Ces engagements peuvent se traduire par des charges budgétaires réelles si les garanties publiques sont activées ou si l'équilibre économique des projets se détériore.
Les SEND de l'administration centrale atteignent 5 044,6 milliards de FCFA à fin mars 2026, composés exclusivement de financements extérieurs. Ces fonds déjà contractualisés mais non décaissés témoignent de difficultés à transformer les engagements financiers en projets concrets. Les restes à payer, eux, s'élèvent à 1 026,3 milliards de FCFA, dont 452,5 milliards de FCFA de plus de trois mois. Ces dépenses engagées non réglées exercent une pression directe sur les entreprises, entraînant des tensions de trésorerie et des reports d'investissement.
Selon une présentation de Samuel Tela, directeur de la Trésorerie, les délais de paiement de l'État se sont allongés, dépassant 200 jours en 2025. Le service de la dette absorberait désormais 52,6 % des recettes propres de l'État. Le marché domestique des titres publics reflète également cette tension, avec des taux de couverture en baisse et des coûts de refinancement en hausse. La dette directe des entreprises publiques atteint 960 milliards de FCFA, auxquels s'ajoutent 825 milliards de FCFA de prêts rétrocédés par l'État. Si ces montants ne se traduisent pas automatiquement en charges pour le Trésor, ils constituent une exposition souveraine indirecte.
Le Cameroun fait face à un profil budgétaire et de trésorerie complexe, marqué par des arriérés, des engagements périphériques et des difficultés d'absorption des financements. Le risque camerounais réside désormais dans la capacité à transformer l'endettement en actifs productifs sans détérioration durable de sa liquidité. Fitch Ratings a confirmé la note souveraine du Cameroun à 'B' le 24 avril 2026, avec une perspective négative.