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La BEAC envisage un franc CFA numérique pour contrer la domination du dollar

La BEAC étudie un franc CFA numérique pour contrer l'influence des stablecoins en dollar en zone CEMAC, visant à préserver la souveraineté monétaire et le contrôle de la politique monétaire.

La BEAC envisage un franc CFA numérique pour contrer la domination du dollar
Économie & Développement

La Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) explore activement la création d’une monnaie numérique souveraine, alignée sur le franc CFA, afin de limiter l’influence croissante des stablecoins libellés en dollar au sein de la Communauté économique et monétaire de l'Afrique centrale (CEMAC). Cette initiative vise à préserver la souveraineté monétaire de la région face à la popularité grandissante des actifs numériques alternatifs.

Le gouverneur de la BEAC, Yvon Sana Bangui, a souligné cette orientation lors d’une conférence internationale à Dakar, en précisant que la parité serait stricte : un franc CFA équivaudra à un franc CFA numérique. Cette approche vise à maintenir le contrôle de la banque centrale sur l’unité de compte, l’émission et la liquidité monétaire, tout en offrant une alternative aux stablecoins privés.

La BEAC collabore avec le Fonds monétaire international (FMI) pour établir un cadre réglementaire sous-régional pour les crypto-actifs. En février, un atelier de transfert de compétences a été organisé avec la Commission bancaire de l’Afrique centrale et la Commission de surveillance du marché financier, afin d'harmoniser la régulation des crypto-actifs dans la zone CEMAC.

L’essor des stablecoins en dollar représente un défi particulier pour la CEMAC, qui regroupe le Cameroun, le Gabon, le Tchad, le Congo, la Guinée équatoriale et la République centrafricaine. L'utilisation accrue de ces stablecoins pourrait entraîner une fuite des capitaux et exercer une pression sur les réserves de change de la région, qui étaient estimées à 11,3 milliards de dollars fin 2024, soit l'équivalent de 4,2 mois d’importations. De plus, cela pourrait contourner les mécanismes traditionnels de pilotage de la liquidité et des taux d’intérêt par la banque centrale.

En comparaison, le Kenya a choisi d’encadrer les prestataires d’actifs virtuels via le Virtual Asset Service Providers Act, imposant des exigences de capital élevées et des réserves obligatoires pour les émetteurs de stablecoins. La Sierra Leone, quant à elle, adopte une approche prudente en évaluant un cadre d’autorisation des stablecoins, compte tenu de la fragilité de son contexte macroéconomique.

Dans l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), l’adoption des crypto-actifs, notamment l’USDT de Tether, est en progression, utilisé comme actif de transition dans les échanges commerciaux. Face à ce dilemme, les banques centrales africaines doivent choisir entre interdiction, encadrement ou alternative souveraine.

La mise en œuvre d’un franc CFA numérique nécessitera des décisions cruciales, notamment la publication du cadre sous-régional de régulation des crypto-actifs en CEMAC et le suivi de l’expérience kényane. L'enjeu est de déterminer qui contrôlera la monnaie numérique de demain : la banque centrale ou les acteurs privés adossés aux grandes devises internationales. La BEAC a d'ailleurs lancé une application pour lutter contre la contrefaçon des billets de banque, signe de sa volonté de garder le contrôle sur la monnaie fiduciaire.

Source : www.investiraucameroun.com