Le ministre du Commerce, Luc Magloire Mbarga Atangana, a adressé une correspondance à son homologue de l'Agriculture, Gabriel Mbairobe, le 8 mai 2026, pour demander la suspension des importations de maïs au Cameroun. Cette requête fait suite aux plaintes répétées des producteurs locaux concernant les difficultés qu'ils rencontrent à vendre leurs récoltes.
« Suite à la réunion interministérielle présidée par le Premier ministre le 7 mai 2026, où la question des importations massives de maïs contrastant avec la mévente de la production locale a été soulevée, je vous suggère d'instruire la suspension, jusqu'à nouvel avis, de la délivrance des permis d'importation de ce produit », a écrit le ministre Mbarga Atangana. Il propose également de suspendre les importations en cours, une mesure de sauvegarde essentielle selon lui.
En clair, le ministre du Commerce souhaite que le ministère de l'Agriculture cesse d'émettre de nouvelles autorisations d'importation et suspende temporairement les effets de celles qui existent déjà. L'objectif principal est de donner la priorité à l'écoulement de la production locale de maïs, confrontée à une concurrence accrue des importations.
Malgré les efforts du gouvernement pour soutenir la production locale, notamment la mise en service en 2021 d'une maïserie par le groupe Castel, les importations de maïs ont connu une forte augmentation depuis 2023. En 2023, les importations ont bondi de 229 % pour atteindre 39 991 tonnes, représentant une dépense de 7,8 milliards de FCFA. Cette tendance s'est accentuée en 2024 avec 81 233 tonnes importées, soit plus de 11 milliards de FCFA, avant un léger repli en 2025 à 72 586 tonnes (10,2 milliards de FCFA).
Les industriels camerounais préfèrent souvent le maïs importé en raison de son prix plus compétitif. En mai 2026, le coût de la tonne de maïs importé oscillait entre 131 000 et 155 000 FCFA, tandis que le maïs local variait de 140 000 à 255 000 FCFA, selon les données du ministère de l'Agriculture. Cet écart de prix s'explique en partie par les faibles rendements au Cameroun, liés à un accès limité aux semences de qualité. Avec un rendement moyen de 1,8 tonne à l'hectare en 2023, le Cameroun est loin des standards internationaux de 5,9 tonnes, et même derrière l'Afrique du Sud (6,4 tonnes). Les variétés hybrides de maïs pourraient offrir des rendements de 6 à 9 tonnes à l'hectare, contre 1,8 tonne pour les variétés dites composites.
La faiblesse des rendements contribue à un coût de production élevé, estimé à environ 428 000 FCFA par hectare au Cameroun. Ce coût est jugé élevé par rapport à l'Europe et à l'Amérique, où les producteurs bénéficient souvent de subventions.
En avril 2026, l'État a transféré 6 milliards de FCFA à la Banque Camerounaise des Petites et Moyennes Entreprises (BC-PME) pour soutenir les filières agricoles stratégiques, y compris le maïs. Malgré ces initiatives, les producteurs locaux peinent à concurrencer les importations, d'où la demande de suspension temporaire des importations.
Le Cameroun ambitionne de réduire ses importations de céréales de 35 % d'ici 2028.