Le Cameroun et le Tchad ont franchi une étape importante dans leur collaboration économique en signant, le 14 mai 2026 à N’Djamena, un protocole d’accord visant à améliorer le transit des marchandises sur le corridor Douala–Kribi/N’Djamena. Cette signature s'est déroulée en marge de la 5ᵉ édition du forum tripartite Tchad–Cameroun–RCA, qui s'est ouvert le 11 mai dans la capitale tchadienne, mettant en lumière la facilitation du transit sur le corridor transcamerounais. Auguste Mbappe Penda, directeur général du Conseil national des chargeurs du Cameroun (CNCC), et Hamid Djoumino, son homologue du Conseil des chargeurs du Tchad (COC-Tchad), ont paraphé ce texte crucial.
L'objectif principal de cet accord est de transformer le corridor reliant les ports camerounais de Douala et de Kribi à N’Djamena en une voie logistique plus compétitive pour les échanges sous-régionaux. Pour y parvenir, le protocole prévoit plusieurs mesures clés, notamment l’interconnexion des systèmes d’information, un suivi électronique rigoureux des cargaisons, la simplification des formalités de transit souvent complexes, et la mise en place d’une plateforme numérique commune. Cette plateforme sera dédiée au suivi en temps réel des opérations et au traitement efficace des réclamations des opérateurs économiques, offrant ainsi une plus grande transparence et réactivité.
Au-delà de la simple déclaration d'intention, cet accord répond à un besoin opérationnel pressant. Les autorités camerounaises et tchadiennes cherchent activement à réduire les lenteurs administratives, les contrôles redondants et les pratiques irrégulières qui entravent la circulation fluide des marchandises sur cet axe vital. Pour les chargeurs, les transporteurs et les transitaires, l’efficacité de ce protocole se mesurera à sa capacité à accélérer les délais de transit, à améliorer la traçabilité des cargaisons et à diminuer les coûts associés au passage entre les ports camerounais et le marché tchadien. Les défis logistiques et les tracasseries rencontrées sur ce corridor sont régulièrement soulignés dans la presse économique camerounaise.
Pour le Tchad, pays enclavé, le corridor camerounais revêt une importance stratégique capitale. Il représente l’un de ses principaux accès aux routes maritimes via Douala et Kribi. Dans un contexte où la compétitivité des chaînes logistiques influence directement le coût des importations et la fluidité des opérations de commerce extérieur, cet accord est essentiel. Le forum tripartite de N’Djamena a d’ailleurs été conçu comme un espace de dialogue pour aplanir les obstacles au transit sur les corridors camerounais utilisés par le Tchad et la République centrafricaine.
Le Cameroun a également un intérêt commercial et budgétaire majeur dans cette initiative. Yaoundé souhaite préserver un trafic de transit crucial pour ses ports, ses opérateurs logistiques et sa chaîne douanière. Le transit des marchandises tchadiennes génère plus de 350 milliards de FCFA de recettes annuelles pour le Cameroun, selon les douanes camerounaises. Cette manne financière justifie l’attention particulière accordée à la sécurisation et à la fluidification du corridor Douala–N’Djamena.
L'accord signé à N'Djamena implique divers acteurs de la chaîne logistique, notamment les conseils de chargeurs, les autorités portuaires et les administrations douanières des deux pays. La prochaine étape cruciale consistera à traduire ce cadre de coopération en résultats concrets et mesurables pour les opérateurs économiques. La réduction des délais de transit, la diminution des coûts, la limitation des contrôles abusifs et l’amélioration de la prévisibilité logistique seront les indicateurs clés de succès de cet accord. C'est à l'aune de ces améliorations que l'on pourra véritablement évaluer la portée économique réelle de cette initiative.
Plus de 80 % des importations tchadiennes transitent par le Cameroun, faisant de ce corridor une voie commerciale stratégique pour le commerce extérieur du pays. L'accord devrait contribuer à améliorer les mécanismes d'assistance aux transporteurs et aux importateurs utilisant ce corridor, selon Hamid Djoumino, directeur général du COC-Tchad.